décembre, 2015

Retour de TIDOU : l’éternel migrant

Hommage aux Tirailleurs Senegalais. Credit Photo, abac077

Depuis un certain moment, l’immigration est au cœur des débats au niveau mondial. Entre souffrance et espoir, parce que convaincu de trouver une vie meilleure à l’autre bout du monde, chaque jour des milliers de personnes bravent les dangers de l’océan atlantique. Certains, après avoir menés une vie difficile dans leur pays d’accueil, arrivent tant bien que mal à se construire une vie au bercail. D’autres, par contre, n’y retourneront jamais. Tidou est un migrant qui, de retour au bercail après quarante années de services loyaux à la France, s’indigne contre une nouvelle génération d’africains qui souhaitent toujours partir. J’ai décidé de vous rapporter une partie de ses discussions dans un style poétique avec un jeune homme, malheureusement resté dans un naufrage sur les côtes libyennes.

Caricature d'un tirailleur sénégalais. Crédit photo Jeremy Dumond_files

Caricature d’un tirailleur sénégalais. Crédit photo Jeremy Dumond_files

 

Je suis désormais en droit de fouler mon sol, ma terre, mon Afrique chérie. J’y atterrirai par avion, comme un touriste ou un chef d’entreprise, mais je resterais à jamais un migrant.

C’est mon historie comme celle de millions d’autres, hier, aujourd’hui, demain?

Economique ou refugié, où est la différence pour l’exilé? Je suis un homme, j’ai un nom, une famille, des rêves. Est-ce de ma faute à moi si j’ai dû quitter ?

Je ne pense pas, non.

Economique ou refugié, où est la différence pour celui qui t’ouvre les bras ? Tu le sais, toi ?

Tu es jeune, tu as fait des études, tu écris dans un grand journal de presse. Explique-moi si quelqu’un y comprend quelque chose ?

Tu veux partir, toi ? Tu es prêt à laisser ta peau pour vivre quoi là-bas ? La même histoire que moi ? Attends j’te raconte un peu !

L’intégration, oh ! Difficile à avaler ce morceau qui m’est jusqu’à ce jour resté dans la gorge, mais une vie est une vie et je n’ai pas gâché la mienne, j’en suis fier.

Je ne suis peut-être pas une star, mais dans mon quartier j’étais une vedette et des amis, j’en avais énormément. C’est le vieux TIDOU qui te parle, mon p’tit.

Manger et boire à satiété, vivre en paix, voir grandir ses enfants sans avoir peur pour eux chaque matin, chaque nuit, c’est la chance que je me suis offerte, même s’il faut en payer le prix.

Laisser son village loin derrière et sentir dans son cœur le poids de l’exil tout en faisant bien son travail, c’était mon choix et j’en suis fier.

Écoute-moi jeune homme ! Si j’avais eu le choix comme toi, je serais resté, construire la paix pour mes enfants, puisque ces pays riches financent les guerres qu’ils condamnent ensuite.

Si j’avais eu le choix, comme toi, je me serais battu ici pour les sans voix au lieu de me taire là-bas.

Et si j’avais eu le choix, comme tu en as la chance aujourd’hui, j’aurais à travers ma plume donné à la démocratie son sens, hélas perdu dans nos pays.

Ça t’amuse plus on dirait ! Hum ! Hum ! Hum ! Tu as raison, car ça n’a rien d’amusant crois-moi. J’avais un objectif et une priorité, c’est ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Celui dont on est fier et qu’on cite en exemple dans les mosquées et dans le village. Tu vois, je profite donc de mon choix. Or, la réalité est tout autre aujourd’hui mon garçon.

Mais je ne t’apprends rien.

En ce 21è siècle, que penses-tu aller chercher de l’autre côté, là-bas, que tu ne pourrais construire ici, dis-moi. Ne vois-tu pas que les portes sont fermées pour toi. Ne sois pas dupe, mon garçon, ton bonheur c’est ici et nul par ailleurs.

Toi qui a eu la chance d’étudier Senghor du Sénégal, Thomas Sankara du Burkina, Modibo Keïta du Mali, Kwamé N’Kruma du Ghana, tu devrais savoir qu’ils étaient fier, eux, de construire l’Afrique.

Un siècle plus tard, on se souviendra à jamais d’eux. Et toi aussi, si tu fais le bon choix, non le meilleur des tous, je dirais : rester au pays et dire non pour une fois à l’immigration.

Ceci est un appel à la nouvelle génération africaine en général et du Mali en particulier. Si partir était une solution dans le passé, aujourd’hui, la réalité est malheureusement différente. Rester pour construire son pays ou risquer sa vie pour un idéal qui dans très souvent des cas, n’est qu’utopie. 

La peur de ma vie dans le Boeing 767 de Ethiopian Airlines

Boeing 767 de Ethiopian Airlines. Au moment de l'embarquement. Crédit Photo JeuneIvoiroMalien

Départ brusque.

Ce fut la peur de ma vie à bord du Boeing 767 d’Ethiopian Airlines. Deux fois j’ai eu peur mais j’ai cru que la seconde fois était mon dernier jour sur la terre. Attendez, je vous raconte! Il est 3h du matin lorsque j’ouvris les yeux ce matin du 7 décembre, jour de mon retour à Bamako après dix jours de formation à Dakar avec l’équipe RFI dans le cadre de la formation Mondoblog. Toute la journée du 6, je n’ai cessé de me retourner la période où je serai à bord du Boeing 767 qui me ramènerait à Bamako.

Première expérience inquiétante.

Il faut dire que pour une première expérience dans un avion, la durée du vol Bamako-Dakar le vendredi 27 novembre dernier m’était encore restée dans la gorge. Des secousses à n’en pas finir. Du hublot où j’étais assis, rien de bon ne me venait à l’esprit. Tous les passagers sans exception me paraissaient suspects. L’attentat de l’hôtel Radisson Blu de Bamako en était pour quelque chose, je crois. Plusieurs fois, j’ai eu envie de vomir mais rien ne me vint, heureusement, sinon mon voisin l’aurait pris en plein visage vue que c’est à lui que je m’accrochai à chaque inquiétude. A 1h 45 plus tard, nous atterrîmes tant bien que mal à Léopold Sedar Senghor. Je remerciai Dieu et ma mère pour ses bénédictions.

Toute la soirée à l’hôtel, j’interpellai mon colocataire sur les secousses bien qu’il a fait partie du voyage. Mais ce qui l’avait plutôt marqué, lui, c’était différent. Il s’indignait plutôt de la qualité du service gastronomique à bord qui, pour lui, était à chier. Bon on n’avait pas les mêmes problèmes, me suis je dis.

Peur- Boeing 767- Ethiopian Airlines- Dakar- Bamako

Des passagers troublés et indécis. Crédit photo: Ivo Dicarlo

Mais revenons au voyage du retour sur Bamako.

Départ 1, raté.

Il est 4h 25, lorsque nous arrivons à l’espace Thialy, lieu de RDV pour l’aéroport. Le bus qui devait nous conduire était déjà parti avec un autre Blogueur de la RDC Congo. Nous avons donc pris un taxi après avoir traîné avec difficulté nos bagages jusqu’au goudron. Comme si cela ne suffisait pas, le chauffeur du taxi emprunte une ruelle sans lumière qui semble-t-il est un raccourcis. Qui lui dit que nous sommes pressés! Me suis-je étonné un instant. Grâce à Dieu, ici aussi il y eu plus de peur que de mal.

Venue tôt pourquoi faire?

A l’aéroport Léopold Sedar Senghor. Il est 5h du matin. Le personnel d’Ethiopian Airline s’installe à peine à leur bureau. Certains ne sont pas encore bien réveillés, d’autres, munir d’un stylo et d’un badge font semblant de remplir un document. Cette fois ci nous n’eûmes pas à enlever nos chaussures et ceintures au contrôle de police. Les Sénégalais ne sont pas aussi paranos que les maliens. Bon ils n’ont pas les djihadistes chez eux, c’est normal!

Embarquement à problème.

7h 10. on accoure à l’arrêt du mini bus pour faire le rang. Bientôt tout le monde est installé dans le Boeing, enfin presque, sans compter quelques-uns qui jouent encore aux habitués des vols. Comme si on pouvait vraiment s’habituer aux instants où la mort pointe son nez à chaque moment pour vous rappeler qu’elle existe aussi. Du genre, « he ho je suis là ».

Nous devions décoller à 8h de Dakar pour atterrir à Bamako à 9h 45 minutes. Dix minutes plus tard, nous sommes toujours là. Le bruit alourdissant du moteur de l’avion me fout la trouille. Là, c’est sûr je suis parano autant qu’un individu au milieu d’une fusillade en zone de guerre. Cinq minutes plus tard, c’est bon on va décoller, l’écran d’en face me dicte latitude à observer avant, pendant et durant le vol. Très important pour quelqu’un, comme moi, qui n’avait jamais fait de l’avion auparavant.

Entre surprise et inquiétude.

Les impressions avant le décollage sont presque les mêmes, que vous soyez novices ou pas. J’attachai ma ceinture à casser mon dos et me saisis fermement du levier de telle sorte que deux lutteurs sénégalais ne sauraient m’arracher à mon siège. « Vas-y tu peux te détendre maintenant »,  a lancé mon voisin qui s’est sûrement dit qu’il fallait me remonter le moral. Dix minutes plus tard, alors que j’avais pris un mal fou à me convaincre que ce vol était beaucoup mieux que celui du 27 novembre, on nous signale que le Boeing doit retourner sur Dakar faute d’un problème technique.

Peur- Boeing 767- Ethiopian Airlines- Dakar- Bamako

Des véhicules de sapeur pompier sur le tarmac. Crédit photo JeuneIvoiroMalien

Soudain, silence dans l’avion!!!

Sur les visages des interrogations. Mais qu’est ce qui a bien pu se passer pour que cela arrive. La peur avait gagné les cœurs. Le temps semble s’être arrêté pour nous. Durant 35 minutes le Boeing 767 fera le tour sur lui-même au-dessus de l’atlantique. Les commentaires vont bon train. Pendant ce temps, mon voisin et son voisin d’à côté dissertent à foison sur  leurs mésaventures similaire. Mais, franchement, ils ne pouvaient pas s’abstenir de nous foutre plus la trouille actuellement, ceux là hein! Et moi je restai figé, les yeux allant dans tous les sens, je tenais coûte que coûte à écouter les avis des uns et des autres, prendre note de chaque mot et impression. Mes doigts tremblaient, je transpirais malgré la climatisation à bord. Par moment, j’affichais un sourire à ma voisine de derrière, cette pauvre dame d’une soixantaine d’année qui avait perdu depuis plusieurs minutes tout son bon sens. Et lorsque le Boeing 767 de l’Ethiopan Airlines se posa au sol, un ouf de soulagement se laissait entendre. Tous se sont levés, prêt à débarquer. Oumou Sangaré, la diva de la musique malienne, l’équipe nationale espoir de football et les entraîneurs et toutes les autres grandes personnalités à bord  ne voulaient plus entendre parler de cet avion. Pourtant, nous embarquerons 1h 45 minutes plus tard lorsque l’équipage nous rassurâmes que la panne technique avait été réparée.  Pourquoi nous l’avions fait, personne ne savait vraiment.

Un autre essaie avec les passagers à bord.

On nous avait rassuré que tout allait bien. « Nous sommes des professionnels et nous ne saurions délibérément mettre en danger votre vie. La panne a été réglée et croyez-moi nous pouvons y aller maintenant », nous avait rassuré une responsable de la compagnie. Nous avons donc accepté d’y croire bien que plus personne n’était réellement convaincu à part l’entraîneur de l’équipe nationale du Mali des moins de 23 ans. Pour lui, si on devait tous mourir ce lundi 7 décembre à bord d’un avion alors ce serait le cas sinon nous serions présent le jour suivant. Un avis loin d’être partagé par les athées et même quelques croyants qui ont certainement pensé toute suite qu’il était fou. Moi j’écrivais pour ne pas trop stressé. 11h 45, le même avion décolla. Du hublot de mon siège, j’ai sentis toute suite que ça été une mauvaise idée d’être resté dans cet avion car je pouvais remarquer que les ailes de l’avion avaient des difficultés à se déployer mais si je ne pouvais partager cette information autour de moi de peur que la bonne dame de derrière ne me zèbre de questions auxquelles je ne saurait répondre. Moins de 20 minutes, on nous appris que l’avions ferait une fois de plus demi-tour sur Dakar. Et c’est là que tout se complique pour nous. Contrairement à la première fois, nous avons failli pour de vrai s’écraser. Je ne sais plus combien de personne avaient pleuré lorsque l’avion perdit son équilibre au dessus de l’atlantique mais la tristesse et la peur se lisaient réellement sur les visages. Même le coach avait cessé de faire son numéro. Tous suppliaient le bon de Dieu afin que nous atterrîmes sur le tarmac de l’aéroport de Dakar saint et sauf. Nos prières furent entendu car à 12h 15 c’était la fin du suspense. Certains applaudirent tandis que d’autres insultèrent l’équipage pour avoir mis nos vies en danger.

J’ai eu peur, peur à pisser dans mon froc! Un avion est différent d’un bus surtout lorsque que celui-ci tombe en panne. Nous avions eu de la chance. Et personnellement, je ne cesserai de remercier Dieu et ma mère pour ses bénédictions. Mais une chose est certaine, s’il m’est donné de choisir prochainement une compagnie aérienne pour mon voyage, c’est claire que Ethiopian Airlines ne figurait plus jamais dans ma liste.