« Mali »

« Appels sur l’actualité » : pourquoi appellerais-je si c’est pour ensuite me raccrocher au nez ?

Image illustrative. Photo Amnesty International.
Image illustrative. Photo Amnesty International.

Image illustrative. Photo Amnesty International.

Et bien vous l’aurez compris certainement, vous, fidèles auditeurs et auditrices de la célèbre émission de RFI qui nous donne la parole afin de commenter l’actualité. Vous l’aurez certainement remarqué également, nous fidèles auditeurs et auditrice de l’émission de Juan Gomez que la parole qui est sensé nous appartenir, nous échappe très souvent, non pas, parce que nous n’avons plus rien à dire, non pas que le temps nous est compté dès que nous ouvrons la bouche, encore moins parce que, ce que nous disons est peu intéressant.

« Vous avez la parole !». C’est par cette formule d’usage que l’homme fort de l’émission ‘’appel sur l’actualité’’, nous « donne la parole » à moi qui attend au bout du fil de « prendre la parole » tant sacrée afin de non seulement développer et commenter le thème à l’ordre du jour mais surtout d’exprimer mon ras-le-bol face une situation qui pour moi semble l’analyse idéale, fut- elle relative. La parole n’est donc pas une simple faculté parmi d’autres. C’est la parole qui rend l’homme capable d’être le vivant qu’il est en tant qu’homme. Alors, pourquoi me la prendre aussi tôt que je la prenne ? Pourquoi me la prendre aussitôt que mon analyse franchit la ligne rouge d’un fait que tous semblent vouloir taire ? Pourquoi me donner la parole si c’est pour me la reprendre aux mots ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Or, « Avoir la parole » ou « prendre la parole », donation ou prise prodigieuses si l’on y réfléchit, signifient qu’avant la parole, la parole est déjà là. Je suis invité à m’en rendre maître. Mais on dit « être maître de sa parole ». De sa parole ! Et non de la parole. Pour qu’elle soit effectivement ma parole, je dois parler, avec les mots communs de la parole déjà là, sans quoi je ne serais pas compris, mais ils doivent venir à ma bouche comme s’ils étaient prononcés pour la première fois ; comme si, à la limite, ils n’existaient pas auparavant ; comme si l’orateur les inventait lui-même à l’occasion et en même temps en approuvait et en confirmait le sens. Le mot, « propre », est créé chaque fois qu’il est énoncé. C’est le mot seul qui confère l’être à la chose. « Il n’y a pas de chose là ou manque le mot » dit Heidegger. Nommer les choses c’est les appeler à l’être, les appeler à soi et se les approprier. Alors encore une fois, monsieur, laissez-moi parler vue que, cette prérogative est mienne et que j’ai votre bénédiction.

Image illustrative. Photo Google

Image illustrative. Photo Google

Pourquoi m’interrompre dès que mon analyse se tourne vers François Hollande ou la France ? Pourquoi le réseau se brouille-t-il à chaque fois que mes « mots boivent du dolo »1 à l’égard d’une personnalité influente de chez vous ? Sinon, lorsque je m’étale sur les inconduites de mon triste pays, l’on m’entend très bien, semble-t-il. L’on corrobore même mes propos quand il s’agit de l’Afrique noir ou de ces chefs d’Etat dont le ridicule et le mensonge sont le cheval de bataille, encore là semble-t-il. Alors même que leurs entraineurs sont ceux-là, auxquels, la communication est toujours brouillée dès que je mentionne les noms !

La parole n’est donc pas une simple faculté parmi d’autres. C’est la parole qui rend l’homme capable d’être le vivant qu’il est en tant qu’homme. Le chimpanzé émet des sons, l’homme parle. La différence est métaphysique. Elle est de l’homme, elle est l’homme même. Les Grecs n’avaient d’ailleurs qu’un mot pour dire la raison et la parole, ‘’logos’’. Penser, c’est parler tout bas. Parler, c’est penser tout haut. Laissez-moi donc m’exprimer SVP monsieur !

Aux accusations d’acharnement je plaide également là non coupable.

1. Expression désignant un aspect fortement fragile.

Moussa Magassa

On joue à cache-cache à Kidal

Le grand rocher vous indiquant la bienvenue à Kidal. Photo Google

Kidal la 8e région de mon pays est à présent connue de tous. Des rebelles y soufflent le froid et le chaud sans que rien ni personne ne lève le petit doigt. Pire, dans ces moments cruciaux pour le Mali, ces bandits armés utilisent la population pour étendre leur suprématie. Comme si cela ne suffisait, des médiateurs internationaux se dépêchent sur les lieux pour faire quoi ? Aucun résultat si ce n’est que susciter le mépris et l’indifférence d’une horde d’individus mal intentionnés.

Le grand rocher vous indiquant la bienvenue à Kidal. Photo Google

Le grand rocher vous indiquant la bienvenue à Kidal. Photo Google

Concrètement que peuvent vouloir des bandits armés du même sillage que ceux du nord du Mali si ce n’est que semer la zizanie et le désespoir dans les cœurs du peuple, je veux dire du vrai peuple malien. Il n’est plus à rappeler que la région de Kidal est un territoire du Mali et que l’Azawad ; cette parcelle située entre Tombouctou et Taoudenni ne saurait aucunement se transformer en une autre région ou une entité quelconque. Mais ça nous le savons tous, ce qui déconcerte et intrigue à la fois mon esprit de patriote endurci, c’est bien les initiatives irraisonnables et abstraites qu’ont effectué le gouvernement malien et la communauté internationale jusque-là. Il faut qu’on comprenne une fois pour tout qu’on ne peut faire la paix avec des individus qui n’en ont jamais eu l’intention. ‘’Il est bien de négocier, ça nous le savons tous, car la guerre n’apporte que tristesse et désolation mais il est encore stupide d’offrir sur un plateau d’argent sa tête à la guillotine parce qu’elle vous la coupera en un seul coup’’. Comme sur un ring, nous avons durant plusieurs rounds, cinq pour être précis, essayé désespérément de faire raisonner des individus qui ne reconnaissent comme fidèle compagnon que leurs armes de pointe. Par diplomatie, il ne fait aucun doute que mon pays en a fait preuve, nous avons initié des rencontres entre ces rebelles et le gouvernement renfloué par des acteurs de la société civile sur l’œil vigilant de l’Algérie et de la communauté internationale qu’on nommait « Accords de Paix d’Alger». Nous avons essayé plusieurs fois d’arriver à un consensus avec ces individus, puisant à chaque voyage des sommes colossales dans les caisses de l’État. Pour finir qu’avons-nous récolté de concret si ce n’est que désinvolture, ignorance et mépris de ces hommes expatriés, car aucun Malien ne prendrait les armes contre sa nation.

Alors pourquoi susciter le courroux du peuple en entreprenant une fois de plus des initiatives qui sont vouées à l’échec ? Pourquoi envoyer une équipe de médiateurs internationaux auprès de ces individus ?

Un Touareg agite le drapeau du Mouvement national de Libération de l'Azawad (MNLA) à Kidal. Photo AFP

Un Touareg agite le drapeau du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à Kidal. Photo AFP

On ne saurait être un État fort, un État craint et respecté et un État de droit si l’on continue de manière désespérée à négocier avec des rebelles et des terroristes sur des sujets qui normalement ne doivent pas faire objet de discussions. Quand la Minusma envoie une telle délégation à Kidal, c’est qu’elle pense que cela pourrait influencer les décisions ou peut-être améliorer sa renommée actuellement en souffrance. Mais tout ça à quelle fin ? Car même si un accord de paix venait à être signé, ce ne serait qu’une accalmie sans nul doute et le Mali passerait pour un État faible aux yeux du monde entier, encore si ce n’est déjà le cas. Il est plus qu’important qu’on n’arrête de se voiler la face, on ne saurait prétendre à une paix définitive dans le septentrion du Mali à travers les négociations. On a le choix soit se préparer à la guerre soit accepter d’être piétiné par ces individus et moi j’opte pour la première.

Moussa Magassa

Si tu es mort pour le Mali, es-tu mort pour rien ?

Déçu par le comportement des autorités nationales. Photo Goggle
Déçu par le comportement des autorités nationales. Photo Goggle

Déçu par le comportement des autorités nationales. Photo Goggle

Aussi déconcertant que cela peut paraitre le malien est aussi indifférent à son malheur que le diable l’est avec ses stratèges. Aucun membre du gouvernement ni aucuns médias nationaux n’étaient présents aux obsèques du jeune policier tué lors de l’attentat de Bamako.

Avant hier après-midi à l’école de Police à Bamako un dernier hommage a été rendu au jeune policier de 28 ans tué lors de l’attentat du vendredi au restaurant La terrasse. L’ensemble de la police nationale ainsi que certains représentants de la gendarmerie nationale tous étaient au rendez-vous hier aux obsèques funèbres de Cheick Oumar Dembélé. Quelques responsables de la MINUSMA et de la garde nationale ont également effectués le déplacement. Cependant, aucun membre du gouvernement encore moins le ministre de la sécurité et de la protection civile dont le département cordonne les missions de la police n’a honoré de sa présence la mémoire de ce jeune martyre tué par des bandits armés. Prévu pour 16 heures après la prière, la cérémonie funèbre a été retardé d’une trentaine de minutes par le secrétaire général du ministère cité plus haut. Un retard qui a laissé un gout amer aux participants, qui ont jugé que le sacrifice du jeune Cheick n’avait que peu d’importance aux yeux des autorités maliennes. Un avis plutôt vrai quand on sait que la France n’a pas arrêté jusqu’à ce jour de rendre hommage à Fabien Louis Guyomard ; une autre victime de l’attentat de Bamako. On se rappelle cependant, qu’il y a juste un moment, plusieurs chefs d’Etat y compris le nôtre faisaient le déplacement à Paris pour témoigner leur soutien et leur solidarité aux victimes de l’attaque de Charlie Hebdo. Mais on n’est pas fichu de se présenter aux funérailles d’un citoyen, un bon tué alors même qu’il faisait son boulot de policier. Quant à nos collègues de l’ORTM, je n’ai pas été surpris de constater leur absence hier aux obsèques de Cheick Oumar Dembélé. Ce n’est pas une surprise car l’ORTM, la télévision nationale du Mali ne couvre que des évènements où les « fama* » sont présents ou que l’on récompense largement leur soit disant loyale service. Autrement dit, la mission d’information de la télévision nationale du Mali est toujours conditionnée ou influencée.

Image illustrative. Sans commentaire. Photo Google

Image illustrative. Sans commentaire. Photo Google

Heureusement que les collègues du jeune policier étaient présents ce mardi 10 mars à l’école de police afin de célébrer ce jeune homme courageux qu’était le défunt. Que puis je dis d’autre après un tel fait si ce n’est qu’Allah bénisse ce jeune homme mort pour le Mali avec lui notre cher Maliba. Encore faudrait savoir si Cheick Oumar Dembélé ne serait pas mort pour rien…

*Fama: Terme populaire au Mali désignant les personnalités de renommée.

NB: J’étais présent au nom du journal du Mali, seul moi et une correspondante de RFI au Mali.

Moussa Magassa

L’Odyssée de jeuneivoiromalien (1)

Le fleuve du moyen Comoé sur le pont entre Abengourou et Abidjan en Côte d'Ivoire. Photo Google

Cette histoire est la mienne, c’est le récit d’une aventure parsemée d’obstacle qui se dressait chaque jour et qu’ il fallait obligatoirement surpasser pour le bonheur de la famille. Ce n’est nullement le fruit de mon imagination mais les réalités qu’un jeune homme de 23 ans a dû affronter afin de prendre le rôle qui était le sien celui de son défunt père ; chef de famille.

Le fleuve du moyen Comoé sur le pont entre Abengourou et Abidjan en Côte d'Ivoire. Photo Google

Le fleuve du moyen Comoé sur le pont qui relie  Abengourou à Abidjan en Côte d’Ivoire. Photo Google

Il y a quatre ans je déposais mes valises à Bamako, obligé de quitter la Côte d’Ivoire qui à l’époque était sous le coup d’une crise post-électorale qui ne se fait pas dire. Les rues d’Abidjan ainsi que celles de plusieurs villes d’ailleurs étaient parsemées d’affrontement entre jeunes partageant des idéologies différentes. Une atmosphère belliqueuse s’installa dans ce pays autrefois pays de paix et de fraternité et conduisait du coup le citoyen lambda à s’efforcer de rester en vie. Les boutiques, les restaurants, les écoles et les universités tous fermaient pour une date ultérieure qui on savait bien ne serait pas demain ou le lendemain. C’est à cette époque que j’obtins mon baccalauréat et que mon père tira sa révérence à la suite des séquelles d’un accident de moto. La même année j’étais à la fois entre désolation et espoir où la première jouait plus de rôle que le second dans ce qui devrait être ma nouvelle vie.

Après la publication des résultats de l’élection présidentielle de 2010 où l’un penchait pour le président sortant, Laurent Gbagbo et l’autre pour l’actuel président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, nous savions que l’année scolaire était perdue d’avance. On ne tarda pas à décréter une année blanche. Était-ce une malédiction ou le destin s’acharnait –il sur ma modeste personne ? Avais-je faire quelque chose pour mériter cela ? Autant de questions restaient sans réponse pour le jeuneivoiromalien. A la maison, maman qui venait de perdre son mari, les petits frères encore dans la fleur de l’âge leur père ; le meilleur sans nul doute qui pouvait exister sur cette terre. C’était en un mot le reflet d’une vie loin heureuse et moi, il m’était impossible de faire comme si de rien était, car la situation me consumait à petit feu. J’étais désormais, un père pour mes jeunes frères, un fils digne pour ma pauvre, un jeune homme qu’il y a peu était encore le garçon de son père et qui devait par la force des choses porter le costume de chef de famille. Un changement aussi radical que précoce venait de s’opérer dans ma vie et j’en étais conscient. Je décide alors de prendre les choses en main, j’opte pour Bamako où je devrais continuer mes études car il n’était pas question que je perdre une année. C’était chose aisée car mes parents sont tous deux maliens. Il fallait donc réunir le minimum de condition pour un voyage dans mon pays d’origine que je devais découvrir pour la toute première mais là également c’est une autre histoire qui commence.

A suivre…

Moussa Magassa

Les mariés se cachent pour dormir (2)

un couple. Photo Makhtar Diop

Bouaré, capitaine de son Etat, avoue « je suis officier mais à la maison, je suis un mouton dominé qui courbe l’échine face à une femme bagarreuse. Elle parle, épie, suspecte et voit le mal partout. Je lui ai même trouvé une petite sœur que je lui cache car si elle l’apprend je suis mort alors avant de mourir je profite de la vie. Mon ami, avec une femme souris, il faut se prémunir ». C’est quoi une femme souris ? Bouaré nous invite à siroter un petit verre avant toute explication ! (suite)

un couple. Photo Makhtar Diop

un couple. Photo Makhtar Diop

« Je suis officier mais à la maison je suis un mouton dominé par une femme bagarreuse » révélait Bouaré, capitaine de son Etat, pour qui « l’homme doit se prémunir face à une femme souris ». L’expression qualifie l’épouse modèle le jour et pleurnicharde la nuit tombée. « Elle passe tout son temps à piailler et à se plaindre » lance crûment le militaire. Son ami d’enfance, Adama Nintané, en vrai gardien du temple pour ne jamais avoir réussi à décrocher un emploi salarié, emmagasine les secrets des uns et des autres. « Mes amis ont percé et gagnent beaucoup d’argent mais ils sont tombés sur des femmes opportunistes. Elles se sont battues pour se faire épouser, avoir un toit, faire des enfants, prendre le prix des condiments et faire souffrir leurs maris. Ici, chaque week-end, nous mettons le paquet pour qu’ils passent du bon temps et mangent du bon méchoui avec un thé serré assorti d’accessoires utiles à la virilité ».

Sur le boulevard de l’indépendance, des « grins » formés depuis l’enfance constituent le cordon ombilical entre des adultes dispersés dans la capitale suite à leur mariage. Ils se retrouvent le samedi pour jouer au football, boire du thé et se rappeler des merveilleux moments vécus ensemble autrefois. Le temps de l’insouciance a cédé la place à celui des regrets. Sory Koné, sérigraphe la semaine et gardien de but occasionnel, ne cache pas sa déception. « Je passe mon temps à me demander comment j’ai pu me laisser ferrer par ma femme. Je ne ressens plus rien à ses côtés depuis qu’elle a jeté mon téléphone dans l’eau suite à un appel de ma sœur qu’elle a confondu à une copine. Une fois, j’ai découvert un couteau sous son oreiller et depuis je dors seul. Le mariage est un calvaire. Je n’ai même plus le droit de me faire beau alors je profite du week-end pour me coiffer et draguer un peu ».

Le psychologue-clinicien Abdoulaye Ouattara dit Chipeur analyse tout ce qui précède par « une déception symptomatique qui commence parfois le jour même du mariage. Les femmes se battent pour gagner un Mari pendant que les hommes cherchent une Mère, celle de leurs enfants. L’un comme l’autre n’est pas préparé à cette vie de couple qui requiert renoncements et compromis. Le sentiment de prisonnier installé, chaque conjoint se réfugie dans un passé fait de conquêtes et de libertinages ». Alors pourquoi ne pas divorcer ?

A suivre…

Moussa Magassa / Makhtar Diop