»Infidelité »

Les mariés se cachent pour dormir (2)

un couple. Photo Makhtar Diop

Bouaré, capitaine de son Etat, avoue « je suis officier mais à la maison, je suis un mouton dominé qui courbe l’échine face à une femme bagarreuse. Elle parle, épie, suspecte et voit le mal partout. Je lui ai même trouvé une petite sœur que je lui cache car si elle l’apprend je suis mort alors avant de mourir je profite de la vie. Mon ami, avec une femme souris, il faut se prémunir ». C’est quoi une femme souris ? Bouaré nous invite à siroter un petit verre avant toute explication ! (suite)

un couple. Photo Makhtar Diop

un couple. Photo Makhtar Diop

« Je suis officier mais à la maison je suis un mouton dominé par une femme bagarreuse » révélait Bouaré, capitaine de son Etat, pour qui « l’homme doit se prémunir face à une femme souris ». L’expression qualifie l’épouse modèle le jour et pleurnicharde la nuit tombée. « Elle passe tout son temps à piailler et à se plaindre » lance crûment le militaire. Son ami d’enfance, Adama Nintané, en vrai gardien du temple pour ne jamais avoir réussi à décrocher un emploi salarié, emmagasine les secrets des uns et des autres. « Mes amis ont percé et gagnent beaucoup d’argent mais ils sont tombés sur des femmes opportunistes. Elles se sont battues pour se faire épouser, avoir un toit, faire des enfants, prendre le prix des condiments et faire souffrir leurs maris. Ici, chaque week-end, nous mettons le paquet pour qu’ils passent du bon temps et mangent du bon méchoui avec un thé serré assorti d’accessoires utiles à la virilité ».

Sur le boulevard de l’indépendance, des « grins » formés depuis l’enfance constituent le cordon ombilical entre des adultes dispersés dans la capitale suite à leur mariage. Ils se retrouvent le samedi pour jouer au football, boire du thé et se rappeler des merveilleux moments vécus ensemble autrefois. Le temps de l’insouciance a cédé la place à celui des regrets. Sory Koné, sérigraphe la semaine et gardien de but occasionnel, ne cache pas sa déception. « Je passe mon temps à me demander comment j’ai pu me laisser ferrer par ma femme. Je ne ressens plus rien à ses côtés depuis qu’elle a jeté mon téléphone dans l’eau suite à un appel de ma sœur qu’elle a confondu à une copine. Une fois, j’ai découvert un couteau sous son oreiller et depuis je dors seul. Le mariage est un calvaire. Je n’ai même plus le droit de me faire beau alors je profite du week-end pour me coiffer et draguer un peu ».

Le psychologue-clinicien Abdoulaye Ouattara dit Chipeur analyse tout ce qui précède par « une déception symptomatique qui commence parfois le jour même du mariage. Les femmes se battent pour gagner un Mari pendant que les hommes cherchent une Mère, celle de leurs enfants. L’un comme l’autre n’est pas préparé à cette vie de couple qui requiert renoncements et compromis. Le sentiment de prisonnier installé, chaque conjoint se réfugie dans un passé fait de conquêtes et de libertinages ». Alors pourquoi ne pas divorcer ?

A suivre…

Moussa Magassa / Makhtar Diop

Les mariés se cachent pour dormir (1)

De plus en plus d’hommes mariés se cachent pour aller au lit. Ils vivent le un calvaire en couple. Alors, ils se consolent en se jetant dans les bras d’une autre sans regret. Leur refuge : les « grins ». Les «grins» autour d’un thé sont des lieux de détente pour bon nombre de pères de famille.  Après une journée de travail acharné, ils viennent se ressourcer loin des épouses devenues désormais des monuments à éviter.

Bande dessinée qui illustre largement le reportage. Photo Web

Bande dessinée qui illustre largement le reportage. Photo Web

Les « grins », ces espaces de rencontre à Bamako grouillent de monde en été comme en hiver, de jour comme de nuit. On y joue à la belote, aux cartes, à la pétanque, etc. On y boit du thé jusqu’à plus soif. On y parle de politique, de football et surtout d’escapades masculines. Entre hommes, le courant passe. Sans tabou, ils se confient et se consolent. Loin des oreilles indiscrètes de leur femme, les hommes trouvent un minimum de bonheur et un maximum de soutien ici. « Je suis chef de service dans un ministère et chef de grin dans mon quartier. Je donne le prix du thé à mes amis, règle leurs problèmes quotidiens. En retour, ils me tiennent compagnie jusque tard le soir et arrangent mes rendez-vous avec la copine. Je refuse de rentrer tôt. Après le travail, je fais un crochet à la maison pour me changer puis je rejoins le grin. J’ai l’opportunité d’aller prier, de voir ma douce copine et de m’assurer que madame s’est endormie avant mon arrivée » détaille Abou, cadre de l’administration. Son ami, Bob, qui a pris des coups de rides embraye « à la maison, les femmes ne font que poser des problèmes. Elles ne savent pas discuter, elles se disputent. Elles ne savent pas chérir, elles nous pourrissent la vie alors mieux vaut rester ici jusqu’à des heures tardives et à l’aube on se rend à la mosquée sinon tu termines la journée par des piaillements et tu la commences par des récriminations. Nos maisons sont des enfers dorés et si tu parles de divorce, les parents te conseillent de persévérer, c’est triste ».

Image d'illustration. Photo Web

Image d’illustration. Photo Web

Dans cet autre grin situé en pleine capitale, les hommes jouent à la pétanque, aux cartes, au damier et au scrabble. Ils occupent un espace vert bien aménagé, éclairé et surveillé. Ils semblent bien organisés et ont même engagé un gardien. Tous salariés, ils cachent leur déception sentimentale. Ils viennent de plusieurs quartiers pour passer du bon temps et recevoir leurs copines. Zoumana Fofana, propulsé chef de grin, approuve le sujet du reportage et déroule « nos épouses sont des « tchoroni »1, de véritables perroquets qui parlent sans arrêt raison pour laquelle nous les fuyons pour le grin. Je vous jure que même pour jouir du lit conjugal il faut négocier et avec des risques d’insatisfaction donc nous avons préféré constituer notre bande de petites copines, louer une villa et refaire nos vies. Faute de pouvoir nous en séparer, nous souffrons à la maison et jouissons de la vie dehors. Les femmes sont mortelles, elles ont une cervelle à la place du cerveau or, avant le mariage elles n’étaient pas comme ça. Dieu nous comprendra », a-t-il ajouté comme pour se justifier.

Bouaré, capitaine de son état, avoue : « Je suis officier, mais à la maison, je suis un mouton dominé qui courbe l’échine face à une femme bagarreuse. Elle parle, épie, suspecte et voit le mal partout. Je lui ai même trouvé une petite sœur que je lui cache, car si elle l’apprend je suis mort, alors avant de mourir je profite de la vie. Mon ami, avec une femme souris, il faut se prémunir ». C’est quoi une femme souris ? Bouaré nous invite à siroter un petit verre avant toute explication !

1. « tchoroni » personne ou chose qui tire davantage vers le bas.

A suivre…

Mousssa Magassa/ Makhtar Diop