Pourquoi aller à l’aéroport si on ne peut aller en France? (1)

Hum, affaire d’aéroport! Il faut l’avouer,  le malien lambda en général, l’aventurier en particulier, ne plaisante pas avec le voyage en avion. Chaque année, ils sont des milliers à braver l’océan pacifique pour se rendre en Europe. Parmi ce chiffre, environ une vingtaine séjourne chez le vieux Diarra,  le temps d’obtenir un passeport et de se mettre en route. Celui qui a donc pris l’avion pour se rendre en Europe, n’est pas à négliger dans mon pays.

Le vieux Diarra

A soixante-dix ans, il est de retour au Mali après avoir passé plus de la moitié de sa vie en France. Retraité, cet ancien migrant se rend une fois à Paris pour mettre en règle ses papiers afin de continuer à recevoir sa pension.

Ainsi, le domicile du vieux Diarra sert de refuge à tous ces jeunes qui voient  en lui un modèle. Lors d’une conversation avec Sory, aujourd’hui dans un camp de réfugié en Italie, après avoir travaillé cinq ans en Algérie pour se payer la traversée, il me disait ceci:« il faut que nous réussissons nous aussi dans la vie. Pour cela, nous devons mieux faire que le vieux Diarra ».En d’autres termes, il est normal qu’ils usent des mêmes méthodes que lui pour atteindre l’Eldorado. Courageux, téméraires parfois idiots, tels sont les caractères de ces jeunes piqués par le virus de l’immigration.

Crédit photo Jeuneivoiromalien

Crédit photo Jeuneivoiromalien

L’année dernière, Abou est revenu au Mali après avoir passé dix ans en Espagne. Pour l’occasion, sa femme qui avait quitté le village, trois jours avant, s’était parée de  ses plus beaux habits pour se rendre à l’aéroport accompagnée du frère cadet d’Abou du nom d’Amadou. Selon les rumeurs, ce dernier était le père du dernier garçon de sa belle-sœur, mais il avait tenu à être là quand même pour accueillir son aîné. A l’aéroport, le constat est surprenant. Elles sont nombreuses les familles qui attendent de l’autre côté avec impatience le retour de l’enfant prodige, allé explorer le continent européen. Les femmes et les enfants veulent impressionner à tout prix le héros de la famille. On se fait mal pour deux ou trois heures, juste pour les yeux de cet époux parti depuis si longtemps.

« Ce n’est pas grave, je l’enlèverai une fois de retour à la maison » avait rétorqué Soukoura à Amadou qui, visiblement, souffrait le martyr du haut de ses escarpins mal ficelés dont la taille ne convenait plus à ses pieds. Pour rien au monde, elle ne les aurait enlevés et Amadou le savait mieux que personne.

Trois heures plus tard…       

Soudain, un grincement de pneu se fit entendre. C’était l’avion qu’attendait tout ce beau monde qui venait de fouler la piste d’atterrissage de l’aéroport international du président Modibo Keita-Senou de Bamako.

« Enfin, c’est bientôt la fin du calvaire », me suis-je dis dans un long soupir.

 A suivre…

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