Etat d’urgence à la malienne: entre rire et colère

Instauré pour contrer les menaces qui planent sur la sécurité des personnes et de leurs biens, l’état d’urgence, qui, prorogé avec l’accord unanime du parlement jusqu’au 31 mars prochain sur l’ensemble du territoire malien, suscite toujours le débat. Aucun constat de renforcement du dispositif de sécurité, ni de mesures restrictives de libertés publiques ou individuelles à l’ordre du jour. Pourtant, le territoire national est en état d’urgence. Un mélange de style d’article de journal et de billet de blog pour apporter une explication à ces nombreuses interrogations.

A ce jour, le Mali a connu quatre situations d’état d’urgence. Décrété pour la première fois en juillet 1990 après l’éclatement d’une rébellion touarègue dans les régions de Gao et de Tombouctou, l’état d’urgence a de nouveau été instauré en 2013, à partir du 12 janvier au moment de l’offensive des djihadistes sur la ville de Konna, et cela pendant 6 mois. La mesure a été décrétée après l’attaque du 20 novembre à l’hôtel Radisson Blu de Bamako pour 10 jours, et de nouveau le 21 décembre pour la même durée. Le hasard du calendrier a fait que deux fêtes importantes, le Maouloud et Noël, entraînant des regroupements humains importants facteurs de risques, étaient célébrées en même temps, ce qui est sans doute l’une des raisons de l’état d’urgence, qui a occasionné de nombreux débats portant sur le timing de la décision, intervenant la veille du Maouloud 2015. Après la longue explication du ministre de l’Enseignement supérieur, Me Mountaga Tall, le 30 décembre à la télévision nationale, d’autres justifications suivront, notamment celle du ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, le colonel Salif Traoré. Dix jours après, l’état d’urgence était à nouveau prorogé, cette fois-ci pour 3 mois, ce qui a nécessité, conformément à la loi, une validation par l’Assemblée nationale, réunion en session extraordinaire.

Le discours politique, bien qu’hésitant au début, consiste à dire que cette mesure garantit la sécurité des personnes et des biens, et qu’elle n’a pas pour objectif de restreindre les libertés individuelles, ou de confiner les Maliens à l’austérité. Selon Maître Abdoulaye Sidibé, avocat, « l’état d’urgence reste un régime restrictif des libertés publiques ou privées pouvant être appliquées par décret ou par la loi sur tout ou une partie du territoire de la République, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements présentant par leur gravité le caractère de calamité publique ». Une explication corroborée par Amadou Mahamane Sangho, du ministère de la sécurité, qui ajoute que l’état d’urgence permet de renforcer les pouvoirs des gouverneurs dans les régions et des préfets dans les cercles, qui pourraient après évaluation de la situation prendre des mesures qui modifieraient sensiblement l’exercice des libertés publiques et des libertés individuelles. Ce n’est pas tout, ajoute l’avocat, les mêmes autorités peuvent interdire des activités à haute intensité de risques ou procéder à des perquisitions de jour comme de nuit. Pourtant, personne n’a osé interdire la célébration du Maouloud, qui raîne pourtant des dizaines de milliers de musulmans.

L’état d’urgence dans la pratique

Dans la réalité, depuis l’instauration de cette mesure le 20 novembre, une centaine d’assignations et de perquisitions ont été menées par les forces de l’ordre. Pour des raisons sécuritaires, le ministère de la Sécurité et de la Protection Civile n’a pas voulu communiquer de chiffres précis. Qu’à cela ne tienne, malgré les réactions mitigées de la population, l’état d’urgence a permis de modifier et muscler le dispositif de sécurité sur toute l’étendue du territoire national, notamment dans la capitale. En effet, les contrôles ont été renforcés aux abords des grands hôtels comme le Radisson ou le Salam, dont l’accès a été restreint au grand public. Les lieux de cultes ont également subi des conséquences, notamment les églises, particulièrement le soir de la veillée de Noël et du réveillon du 31 décembre. Selon, quelques fidèles, l’entrée des églises catholiques et protestantes a été interdite aux véhicules, avec des fouilles rigoureuses des forces de l’ordre. Par ailleurs, dans les aéroports, cette situation prend réellement son sens, à en croire, le message adressé aux voyageurs, il y a quelques jours. Il leur est recommandé de s’y rendre avec une heure supplémentaire d’avance, en raison du caractère minutieux et long de la fouille des véhicules et des personnes. Malgré tout cela, l’état d’urgence n’est pas respecté par tous. La Minusma, qui est censée jouer un rôle sécuritaire, a parrainé un méga concert le jeudi 7 janvier au stade Mamadou Konaté, et le rappeur Akon a prévu un concert le 16 janvier au Stade Modibo Keïta de Bamako.

Sérieusement me croyez-vous? L’état d’urgence au Mali dans la réalité c’est le laisser aller total. On fait ce qu’on veut, comme on veut, et quand on veut. Les Bars et les boites de nuit sont pris d’assaut les soir par les fêtards. Une patrouille aussi timide qu’invisible sillonne les rues par moment sans conviction. C’est cela la réalité actuellement et non les beaux discours de journaliste comme c’est écrit là haut. Mais bon on doit vivre non!

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Vue sur la rue princesse de Bamako malgré l’état d’urgence.

Gouverneurs et préfets en première ligne

L’état d’urgence étant un cadre général, il appartient aux autorités administratives de décliner le plan d’opération après évaluation de la situation sécuritaire. Dans le district de Bamako, la compétence est dévolue au gouverneur du district. « Le gouvernorat est à l’œuvre avec les autres acteurs (maires) pour décliner une feuille de route. D’autres dispositions devraient suivre pour compléter le dispositif actuel, indique encore Hadi Traoré, gouverneur du district de Bamako. À cet égard, le ministère de la sécurité a aussi procédé à des remises de véhicules et d’équipements à certains corps comme la police ou la gendarmerie ces derniers jours. « On voit que des efforts sont faits par les autorités pour mettre les forces de l’ordre dans les meilleures conditions pour parer la menace terroriste. Cela dit, beaucoup reste encore à faire, notamment en termes de renseignement et de maillage territorial », admet ce commissaire du 14ème arrondissement de Bamako, dont les hommes étaient en première ligne lors de l’attaque du Radisson. C’est d’ailleurs un appel de l’intérieur de l’hôtel qui avait poussé ces derniers à réagir promptement, et tôt, dans la matinée du 20 novembre 2015.

Oui c’est cela, jusqu’à quand va t-on continuer à chanter l’exploit des forces armées maliennes lors de l’attaque de l’hôtel Radisson Blu. Là on parle d’état d’urgence bon Dieu. Qu’ils le comprennent enfin. Le gouverneur quand à lui après m’avoir presque fermé à nez la porte de son bureau, il s’est finalement résigné à m’expliquer la situation en ces mots que j’ai dû améliorer pour le journal, « vous savez jeune homme nous sommes actuellement au travail pour faire l’état des lieux et prendre les mesures qu’il faut parce que, actuellement, rien n’est fait. C’est pourquoi on se dit qu’il n’y a pas d’état d’urgence ». C’est dire que quatre jours après la prorogation soit quatorze jours après la ré-instauration de l’état d’urgence, le gouverneur du District n’avait jusque là pas encore levé le petit.

Désormais, tout l’enjeu réside dans la capacité de réaction rapide face au danger. Bien que le gouvernorat et le département de la sécurité restent convaincus d’être en situation exceptionnelle, « l’écart entre la théorie et la réalité du fonctionnement du dispositif reste grand. En cause, le manque de responsabilité et les lacunes dans le suivi constant des mesures sur le long terme », décrie ce gradé qui a requis l’anonymat. Si le guide spirituel, Ousmane Madani Cherif Haïdara a bel et bien fait le plein au stade du 26 mars à l’occasion de la célébration du Maouloud 2015, le risque était énorme quant on sait que les 750 hommes mentionnés pour sécuriser les fidèles n’ont pas tout à fait été au rendez-vous. Cela dit, réaffirme Hadi Traoré, gouverneur du district, personne ne devrait être surpris si des rendez-vous culturels comme le festival sur le Niger venaient à être interdits, car peu importe le procédé d’instauration de l’état d’urgence, le plus important, est que le gouvernement prenne les mesures nécessaire pour garantir la sécurité de la population. Mieux, la responsabilité du gouvernement l’incite à prendre davantage de mesures persuasives afin que la notion même d’état d’urgence soit réellement intégrée par tous les Maliens.

Croyez le ou non, au Mali, il y a d’un coté, les religieux qui imposent leur volonté au gouvernement parce que soutenus par une foule de personnes dont la conscience a été gommé par les prêches. De l’autre, il y a les gens comme moi qui tant bien que mal essaient de respecter les normes préétablies parce que convaincus que l’Etat de droit, c’est aussi possible au Mali. Malheureusement, c’est la deuxième catégorie qui est vue d’en bas. On dira que la société bouge quand même. Oui, mais le mouvement pour celui qui veut bien le voit est régressif.

À propos de l'auteur

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Journaliste- blogueur- web activiste, Community Manage. Moussa MAGASSA dit "JeuneIvoiroMalien" est passionné de lecture et de l'écriture. Il est aussi Simple et modeste mais direct.

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