Retour de TIDOU : l’éternel migrant

Depuis un certain moment, l’immigration est au cœur des débats au niveau mondial. Entre souffrance et espoir, parce que convaincu de trouver une vie meilleure à l’autre bout du monde, chaque jour des milliers de personnes bravent les dangers de l’océan atlantique. Certains, après avoir menés une vie difficile dans leur pays d’accueil, arrivent tant bien que mal à se construire une vie au bercail. D’autres, par contre, n’y retourneront jamais. Tidou est un migrant qui, de retour au bercail après quarante années de services loyaux à la France, s’indigne contre une nouvelle génération d’africains qui souhaitent toujours partir. J’ai décidé de vous rapporter une partie de ses discussions dans un style poétique avec un jeune homme, malheureusement resté dans un naufrage sur les côtes libyennes.

Caricature d'un tirailleur sénégalais. Crédit photo Jeremy Dumond_files

Caricature d’un tirailleur sénégalais. Crédit photo Jeremy Dumond_files

 

Je suis désormais en droit de fouler mon sol, ma terre, mon Afrique chérie. J’y atterrirai par avion, comme un touriste ou un chef d’entreprise, mais je resterais à jamais un migrant.

C’est mon historie comme celle de millions d’autres, hier, aujourd’hui, demain?

Economique ou refugié, où est la différence pour l’exilé? Je suis un homme, j’ai un nom, une famille, des rêves. Est-ce de ma faute à moi si j’ai dû quitter ?

Je ne pense pas, non.

Economique ou refugié, où est la différence pour celui qui t’ouvre les bras ? Tu le sais, toi ?

Tu es jeune, tu as fait des études, tu écris dans un grand journal de presse. Explique-moi si quelqu’un y comprend quelque chose ?

Tu veux partir, toi ? Tu es prêt à laisser ta peau pour vivre quoi là-bas ? La même histoire que moi ? Attends j’te raconte un peu !

L’intégration, oh ! Difficile à avaler ce morceau qui m’est jusqu’à ce jour resté dans la gorge, mais une vie est une vie et je n’ai pas gâché la mienne, j’en suis fier.

Je ne suis peut-être pas une star, mais dans mon quartier j’étais une vedette et des amis, j’en avais énormément. C’est le vieux TIDOU qui te parle, mon p’tit.

Manger et boire à satiété, vivre en paix, voir grandir ses enfants sans avoir peur pour eux chaque matin, chaque nuit, c’est la chance que je me suis offerte, même s’il faut en payer le prix.

Laisser son village loin derrière et sentir dans son cœur le poids de l’exil tout en faisant bien son travail, c’était mon choix et j’en suis fier.

Écoute-moi jeune homme ! Si j’avais eu le choix comme toi, je serais resté, construire la paix pour mes enfants, puisque ces pays riches financent les guerres qu’ils condamnent ensuite.

Si j’avais eu le choix, comme toi, je me serais battu ici pour les sans voix au lieu de me taire là-bas.

Et si j’avais eu le choix, comme tu en as la chance aujourd’hui, j’aurais à travers ma plume donné à la démocratie son sens, hélas perdu dans nos pays.

Ça t’amuse plus on dirait ! Hum ! Hum ! Hum ! Tu as raison, car ça n’a rien d’amusant crois-moi. J’avais un objectif et une priorité, c’est ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Celui dont on est fier et qu’on cite en exemple dans les mosquées et dans le village. Tu vois, je profite donc de mon choix. Or, la réalité est tout autre aujourd’hui mon garçon.

Mais je ne t’apprends rien.

En ce 21è siècle, que penses-tu aller chercher de l’autre côté, là-bas, que tu ne pourrais construire ici, dis-moi. Ne vois-tu pas que les portes sont fermées pour toi. Ne sois pas dupe, mon garçon, ton bonheur c’est ici et nul par ailleurs.

Toi qui a eu la chance d’étudier Senghor du Sénégal, Thomas Sankara du Burkina, Modibo Keïta du Mali, Kwamé N’Kruma du Ghana, tu devrais savoir qu’ils étaient fier, eux, de construire l’Afrique.

Un siècle plus tard, on se souviendra à jamais d’eux. Et toi aussi, si tu fais le bon choix, non le meilleur des tous, je dirais : rester au pays et dire non pour une fois à l’immigration.

Ceci est un appel à la nouvelle génération africaine en général et du Mali en particulier. Si partir était une solution dans le passé, aujourd’hui, la réalité est malheureusement différente. Rester pour construire son pays ou risquer sa vie pour un idéal qui dans très souvent des cas, n’est qu’utopie. 

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